Mardi 25 novembre 2008 2 25 /11 /Nov /2008 23:37

XVIe et XVIIe siècle

Les siècles qui suivirent le Moyen-Age furent furent les âges d'or de l'essor des jeux. Il n'est donc pas étonnant que nous possédions pour cette époque beaucoup de documents décrivant les jeux de boules. Pendant cette période, on a tellement peur que les gens ne s'en occupent trop que le nombre d'ordonnance les concernant augmente considérablement.

Quelques exemples en France :

- le 5 Mai 1517, le consul des Romans, en Dauphiné, demandèrent au juge de la ville d'y faire interdire le jeu de boules, car les attroupements de joueurs risquaient de contribuer à propager l'épidémie de peste qui ravageait les communes voisines.

- en 1546, Joachim d'Arzag, Vibailli de Saint Marcelin, en Dauphiné, défendit de jouer au boules pendant les offices religieux des dimanches et jours de fête, sous peine d'une amende de 5 livres à chaque contrevenant.

- en 1626, les édiles de Lyon, ordonnèrent à Néris de Guibly, voyer de la ville, de faire disparaître le jeu de boules établi sur la place des Cordeliers pa les charretiers et commissaires du quartier, lesquels, tous les jours et même les dimanches et fêtes, jouaient bruyamment aux boules, non sans jurer le nom de Dieu et autres propos profanes qui s'entendaient jusque dans l'église de Saint Bonnaventure.

- En 1629, le roi Louis XIII ordonna la destruction des boulodromes qui s'étaient développées à travers toutes les provinces de France, attirant la foule et provoquant licences et débauches. Il faut dire que les fabricants de jeu de paumes (ancêtre du tennis), ne voyaient pas d'un très bon oeil cette concurrence. Ils complotèrent et obtinrent du parlement et du roi l'interdiction du jeu de boules. 

- en 1697, le Synode de Paris, défendit aux ecclésiastiques, non seulement tous les jeux de hasard, mais également la pratique du jeu de boules dans les lieux publics. Il ne restait plus aux religieux qu' à jouer en cercle privé. Ils ne s'en privèrent pas. Qui le leur reprocherait ?

Dans les cloîtres, on pouvait voir des joueurs faisant rouler des boules en bois, devant des spectateurs, mais hors des regards du grand public. Lorsque les cloîtres se situaient dans des régions plus froides, on installait les jeux au grenier, comme dans l'île de Noirmoutier. On peut considérer en quelque sorte que les moines sont les inventeurs des boulodromes couverts.

Malgré toutes les interdictions, il est évident que le peuple continuait encore à jouer, même si ce n'était pas dans des lieux très ouverts au public. Par ailleurs, le jeu avait pénétré les milieux se la bourgeoisie aisée et de la noblesse qui profitait, tout simplement, de leurs privilèges. Qu'il soit supprimé, toléré ou au contraire stimulé, cela n'empêchait pas les intellectuels de prononcer des jugements sur le jeu de boules.

Pour Rabelais, médecin et écrivain, les sports et les jeux sont très salubres, surtout pour les jeunes. L'exercice et la détente avait, selon lui, une influence positive sur les efforts intellectuels qui les suivaient. A l'université de Montpellier où il faisait ses études de médecine, les jeux de boules étaient encouragés car ils étaient bon pour la santé.

Boileau dit un jour : "Moi je possède deux grands talents fort importants pour la société et l'Etat, Le premier est de bien jouer aux boules, et le deuxième de bien écrire de la poésie". Par ces propos, il réagissait à une plaisanterie de Malherbe, qui déclarait qu'un bon poète n'était pas plus utile à l'Etait qu'un bon joueur de quilles. Il faut préciser qu'au début de cette époque, c'était surtout le jeu de quilles qui était pratiqué par la bourgeoisie et la noblesse. Sous l'influence anglaise, il s'y ajouta le jeu de boules au XVIIe siècle. Qu'il y eut autant d'écrivains pour s'intéresser aux jeux de boules témoigne témoigne clairement du fait que ceux-ci prenaient une place importante dans la société, et qu'ils étaient largement en usage dans l'aristocratie.

Le Roi Soleil lui-même, estimait, comme l'un des ses prédécesseurs Louis XI, qu'une partie de boules ne nuirait pas à son rang. Il prenait beaucoup de plaisir à lancer lui-m^me ses boules qui lui étaient rapportées respectueusement dans un panier de paille.

Pourtant, au début du XVIème siècle, les joueurs de boules trouvent grâce aux yeux du pape Jules II. Désireux de faire du Saint Siège la première puissance italienne, il mobilise les meilleurs bouleurs de son état. Regroupés en de redoutables compagnies de lanceurs de pierre, ils s'illustrent brillamment contre les français, les vénitiens et les espagnols.

Avec les guerres franco-italiennes, le jeu de boules revient en France. Rabelais lui-même dit : "il n'y a point de rhumatismes et d'autres maux semblables que l'on ne puisse prévenir par ce jeu; il est propre à tous âges, depuis la plus tendre enfance jusqu'à la vieillesse".

Le jeu de boule prend alors de plus en plus d'ampleur. La France et l'Italie sont à l'avant garde et, déjà, des différences apparaissent. En France les traditionnelles boules en bois se couvrent de clous, alors qu'on les vernit dans la péninsule. 

 

 

 

Vers 1720, Jacques Rigaud consacre aux boules l'une de ses gravures. En cours de partie, un litige survient, et le jeu s'interrompt : on regarde, on se penche, on mesure. Aux costumes près, on dirait une partie actuelle.

En 1792, à Marseille, une partie de boule fait 38 morts. Il ne s'agit ni d'une galéjade marseillaise, ni d'une contestation de point. En fait, la partie se disputait dans un couvent où était entreposés des barils de poudre, et les soldats utilisaient des boulets de canon en guise de boules à jouer.

Le XIXème siècle marquera le début de la grande histoire des boules. Au fil des années, la progression du jeu de boules est irrésistible, il conquiert le moindre recoin des villes. Bientôt, pourtant, il est interdit sur la voie publique et doit se réfugier dans les guinguettes, les jardins privés, les bastides et les cabanons. En 1828, né à Marseille, la plus ancienne et la plus célèbre des sociétés boulistes encore active aujourd'hui : le Cercle des boulomanes. Dès lors les concours de sociétés, de quartiers, de fêtes locales ou régionales se multiplient. A la fin du XIXème siècle, certaines compétitions de jeu provençal sont patronnées et dotées par la presse. Elle deviennent des évènements importants de la vie sportive.

 Pendant ce temps, la diversité des règles locales a donné naissance à plusieurs autres disciplines, lyonnaise, rafle, boule de Fort, etc. C'est ainsi que dans la région de Lyon naît la "lyonnaise", qui devient sport en 1850 avec la création de la première société officielle "le clos jouve". La première compétition officielle de lyonnaise dûment réglementée a lieu en 1894, à Lyon sur le cours du Midi (aujourd'hui cours de Verdun). Sur 63 jeux évoluaient 1200 joueurs.

Au XIXème siècle, pendant que roulent les boules lyonnaises, les méridionaux se passionnent pour la "longue" ou "jeu provençal", qui exigent les même qualités, mais où les règles sont simplifiées, et le choix du terrain est libre.

C'est ce jeu provençal, qui donnera naissance à la pétanque 

Par Faniber - Publié dans : Pétanque
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